ACCESSIBILITE

L’accessibilité, ça veut dire quoi ?

L’accessibilité désigne toutes les actions mises en œuvre afin qu’une situation ne présente pas ou plus d’obstacles. Comment une personne sourde ou malentendante peut discuter avec une autre personne alors qu’elle n’entend pas ou mal les paroles ? Comment suivre un spectacle, un film, une conférence, une visite guidée alors que les voix, la musique, l’ambiance sonore ne sont pas ou mal perçues ? Telles sont les situations rencontrées par les personnes sourdes et malentendantes dans leur vie quotidienne. Ainsi, les obstacles spécifiques à la surdité sont :
la communication et l’accès à l’information. L’accessibilité, pour eux, passe donc avant tout par une adaptation de la communication, la mise en place des modalités d’accueil spécifiques et la possibilité de suivre les informations.
L’accessibilité culturelle pour les publics sourds et malentendants implique, selon Marc Renard, « la mise en place des moyens adaptés – humains et/ou techniques – pour un accès aux lieux de culture, aux œuvres et au patrimoine, à la pratique artistique ainsi qu’aux produits de l’industrie culturelle ». Bien que renforcé par la loi du 11 février 2005 pour « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », le droit d’accès à la culture accuse un important retard sur le territoire national. Pourtant, la culture doit être accessible dans toutes ses formes : patrimoine, spectacle vivant, livre et lecture, information, audiovisuel, cinéma, etc. Il suffit d’appliquer les solutions alternatives pour faire disparaître les obstacles liés à la surdité et l’accessibilité prend alors tout son sens.

Chiffres sur la population sourde en France

Les chiffres concernant la surdité sont difficiles à obtenir car ils dépendent de plusieurs critères qui peuvent biaiser les résultats :
- A partir de quel degré de surdité, peut-on parler de population sourde ?
- Beaucoup d’études comptent l’ensemble des différents types de handicap.
- D’autres seulement le nombre de personnes prises en charge (MDPH…)
- Les études spécifiques sur la surdité ne prennent en compte qu’une partie d’entre eux. Etc.
Par conséquent, les chiffres donnés par rapport à la population totale des personnes sourdes et malentendantes ne sont que des estimations. Cependant, on peut affirmer que la surdité est le handicap le plus courant en France, devant la cécité et autres. En l’absence de statistiques officielles, on évalue à 7 % de la population le nombre de Français ayant une surdité. Ceci correspond à une fourchette comprise entre 4 et 6 millions de personnes se répartissant ainsi :
- 110 000 personnes présentant une surdité profonde (entendent à partir de 90 décibels).
- 350 000 personnes présentant une surdité sévère (entendent à partir de 70 à 90 dB).
- 1 250 000 personnes présentant une surdité moyenne (entendent à partir de 40 à 70 dB).
- 2 000 000 présentant une surdité légère (entendent à partir de 20 à 40 dB).
Parmi les 110 000 personnes ayant une surdité profonde, environ 80 000 sont nées sourds ou le sont devenues avant l’acquisition de la parole. La plupart pratique la langue des signes française (LSF). Les personnes âgées constituent la majorité en représentant au moins 60 % de la population sourde. Le nombre de personnes portant un appareillage auditif, quel que soit leur degré de surdité, est évalué à 600 000 en France. La surdité provient de causes héréditaires ou accidentelles (agressions sonores, maladies, médicaments) ou du vieillissement (presbyacousie).

Sourd et malentendant, quelle différence ?

Au sein de la population sourde existe une grande variété de profils liés aux modes de communication (LSF, LPC, oral…), au degré de surdité (léger à profond), à l’identité culturelle (sentiment d’appartenance une communauté Sourde ou non), au parcours personnel (familial, scolaire, professionnel…), etc.
Cette variété de profils rend parfois complexe la définition de ce qu’est une personne sourde et ce qu’est une personne malentendante.
Il est communément admis que les « sourds » désignent les personnes présentant une surdité sévère ou profonde tandis que les « malentendants » englobent les personnes ayant une surdité légère ou moyenne. Cependant, il est important de saisir que :
- Pour les personnes sourdes, la compréhension passe essentiellement par la voie visuelle (LSF, lecture labiale, LPC…) et peut être complétée par la voie auditive. En effet, une personne sourde, soit n’entend pas, même avec des appareils auditifs, soit entend avec les appareils mais ne comprend pas les informations sonores.
- Pour les personnes malentendantes, la compréhension passe surtout par la voie auditive et peut être complétée par la voie visuelle (lecture labiale par exemple). Ici, une personne malentendante est capable d’entendre, avec ou sans appareils auditifs, ET comprend les informations sonores.
« Entendre n’est pas comprendre » : de même qu’on peut entendre quelqu’un parler le chinois sans forcément le comprendre, les personnes sourdes peuvent réagir à un bruit sans comprendre ce qu’on lui dit. Il arrive aussi que les personnes malentendantes ne réagissent pas à un bruit tout en comprenant la parole. Plus généralement, nous laissons à chacun le soin de se définir comme sourd ou malentendant.

Quelles sont les solutions ?

Voici quelques exemples de solutions qui peuvent être envisagées au titre d’une programmation culturelle. Elles diffèrent selon les besoins des personnes sourdes et malentendants mais peuvent être complémentaires.

(Voir dans « LANGUES ET COMMUNICATION » et « AMENAGEMENTS TECHNIQUES »)

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LANGUE et COMMUNICATION

La langue des signes française (LSF)
La LSF est une langue visuelle qui permet aux personnes sourdes de dialoguer par signes. Il s’agit d’une langue à part entière et non d’une simple transcription du français. Elle est constituée de cinq paramètres : positions des doigts et de la main, mouvements, emplacement et expressions du visage.
Elle comporte également une syntaxe (le lieu, les personnages, l’action) et une grammaire.
La langue des signes n’est pas universelle, chaque pays a la sienne (British Sign Language = BSL, American Sign Language = ASL…) et, en France, chaque région, voir des villes, a ses variantes comme les accents.
Le Conseil de l’Europe reconnaît les langues signées comme élément du patrimoine linguistique et culturel de l’Europe. Au niveau national, la langue des signes française est officiellement reconnue comme langue à part entière par la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances.
Les spectacles en langue des signes offrent la particularité d’être accessibles aux spectateurs sourds mais aussi au tout public. Cependant, certaines créations basées essentiellement sur la langue des signes peuvent être peu compréhensibles pour des personnes qui ne la connaissent pas.
L’interprétation en LSF est la traduction d’un discours effectuée par un interprète professionnel, du français vers la langue des signes et de la langue des signes vers le français. L’interprète permet ainsi la traduction simultanée d’une conférence, d’une visite d’exposition, d’une pièce de théâtre,…
Il est également possible de faire appel à des comédiens sourds pour traduire un spectacle en langue des signes : sa présence doit être pensée en fonction du placement des publics concernés, et de manière à ne pas perturber le spectacle. Souvent, la présence du traducteur ou de l’interprète vient enrichir le spectacle d’un élément visuel supplémentaire.

La langue française parlée complétée (LPC)

Il s’agît d’un outil de communication, d’une aide à la réception du message oral en langue française pour les personnes sourdes. La LPC se présente sous forme d’un code manuel autour du visage afin de compléter la lecture labiale (8 configurations de main représentant les consonnes et 5 emplacements autour du visage représentant les voyelles). Cette méthode aide à la distinction entre les syllabes, sonorités ou lettres incompréhensibles par la lecture labiale.
Contrairement à la LSF, il s’agit donc d’une aide technique pour la décomposition syllabique d’une phrase et non d’une langue à part entière.
La transcription (et non traduction !) en LPC est réalisée par une personne formée au LPC (« codeur ou « codeuse ») qui complète son discours par un code manuel.

La lecture labiale


La lecture labiale consiste « à lire sur les lèvres », c’est à dire à reconnaître sur la bouche le phonème prononcé, chaque voyelle et chaque consomne ayant sa propre forme d’articulation. Cependant, plusieurs phonèmes ont une forme très proche (« six/dix », « cinq/sept ») ou ne se voient pas sur les lèvres (’s’, ‘r’…). L’information est alors incomplète, d’autant plus que l’interlocuteur porte une moustache, fume, est à contre-jour, etc.
La personne sourde ou malentendante doit donc pallier l’insuffisance de l’information en fonction du contexte de la conversation, du sens global de la phrase et des expressions du visage.
Bien qu’imparfaite, la lecture labiale peut se révéler très utile dans la vie quotidienne si elle est bien maîtrisée.
Des visites guidées en lecture labiale peuvent être organisées. Elles sont assurées par des médiateurs formés à la lecture labiale et s’adressent aux publics sourds ou malentendants qui la maîtrisent.

AMENAGEMENTS TECHNIQUES

Le sur-titrage individuel et collectif (spécifique ou non spécifique)
Les systèmes de sur-titrage permettent d’afficher des textes ou des dialogues par projection, sur un écran placé au-dessus de la scène, sur un film, sur un livret électronique individuel ou sur fauteuil.
Dans le cas du sur-titrage individuel, un boitier portable ou « livret électronique » est proposé aux spectateurs sourds ou malentendants afin de prendre connaissance des éléments sonores par défilement des textes sur un écran à cristaux liquides.
Un code couleur permet de donner l’origine et la nature des sons : paroles dites hors de scène, musique, bruitage…
Dans le cas du sur-titrage collectif, une projection de textes (dialogues, commentaires…) sur un écran placé au-dessus de la scène favorise la compréhension d’un spectacle. Les spectateurs s’installent face à la scène afin de lire le texte plus facilement tout en pouvant suivre ce qui se passe.
Ce dispositif demande pour chaque pièce un travail préalable de transcription. Il existe des personnes spécialisées dans ce travail auxquelles on peut faire appel. Le sur-titrage est destiné plus particulièrement aux personnes sourdes et malentendantes maîtrisant bien la lecture. Il peut également être utilisé pour des spectacles présentés en langue étrangères et intéresser l’ensemble des publics.

Le sous-titrage




Le sous-titrage est une technique utilisée pour la diffusion d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles, et permettant de restituer les dialogues d’une oeuvre sous forme de texte affiché au bas de l’écran. Contrairement au sur-titrage, le sous-titrage est incorporé dans l’oeuvre. Il peut être spécifiquement conçu en direction des personnes sourdes et malentendantes et inclure dans le texte, par exemple à l’aide de codes couleurs différentes, l’ensemble des informations sonores présentes dans l’œuvre (bruit de pas, rire, musique,…).
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La boucle magnétique


La boucle magnétique est un système d’aide à l’écoute pour les malentendants porteurs d’un appareil auditif. Elle capte le son émis par la source sonore et le transmet directement aux prothèses auditives en position T. Un conducteur électrique, relié à un amplificateur spécial, est placé autour de la surface à couvrir, d’où le nom de boucle. L’amplificateur est relié au microémetteur ou à la sonorisation de la salle. La réception de l’information sonore est exempte de tous les bruits ambiants.
La boucle magnétique est applicable aux lieux culturels comme aux lieux publics :
mairies, gares, salles de conférence, salles de spectacle, salles des fêtes, théâtres, …
Sont également utilisés des amplificateurs individuels composés d’un récepteur fourni avec un casque pour l’amplification directe du son, et en option d’un collier magnétique permettant l’écoute par induction magnétique pour les personnes équipées d’un appareil auditif avec position T activée.t.

Le système RISP (ou vélotypie)


Cet outil de communication permet la transcription de la parole à l’écrit : grâce au vélotype, un sous-titrage télétexte est réalisé en temps réel. Il s’agit d’un système reposant sur la saisie de syllabes sur un clavier spécial, transcrit par ordinateur en français, et projeté sur écran géant via un vidéoprojecteur. Ce procédé permet une retranscription quasi intégrale d’un discours, susceptible d’être retraitée ou publiée. La retranscription est livrée sur disquette et sur papier dans des délais très courts. L’équipe est tenue au secret professionnel.
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Le visio-guide

Le visio-guide est un appareil numérique portable qui diffuse des séquences vidéo de commentaires d’expositions interprétés en langue des signes, codés en LPC ou accompagnés d’un sous-titrage. D’un simple clic, l’utilisateur peut les faire apparaître ou disparaître et même choisir son mode de communication préféré. Cet instrument est un assistant numérique personnel (PDA) permettant à son utilisateur, sourd ou malentendant, d’évoluer au sein d’une visite en toute liberté et en toute indépendance.
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La visio-interprétation

Il s’agit d’un système permettant un dialogue en temps réel avec un interlocuteur distant via un interprète en Langue des Signes Française, un codeur en LPC ou par écrit. Prévoir deux ordinateurs équipés d’un logiciel de visioconférence, deux webcams, ainsi qu’une connexion haute débit à Internet.
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